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Pythagore et la philosophie Italique

Il amena la géométrie à la perfection mais il a aussi été l’instigateur de règles pratiques de vie.

mardi 30 juillet 2024, par Marc Weikmans


  • Origines
  • Formation
  • Les écrits
  • Préceptes pratiques
  • Les découvertes : géométrie, alimentation, etc.
  • Les règles pratiques prescrites
  • Règles pratiques suivies par Pythagore
  • La mort de Pythagore
  • Epigrammes


    Origines

    Maintenant que nous avons présenté la philosophie ionienne issue de Thalès, et les hommes qui successivement l’on le plus marquée tels que Thalès, Anaximandre, Anaximène et Héraclite, il faut traiter de la philosophie italique [1] qu’inaugura Pythagore, fils de Mnésarque, qui était ciseleur de bagues ; il était, au dire d’Hermippe, samien, ou bien, selon Aristoxène, ryrrthénien, originaire de l’une de ces îles que tenaient les Athéniens après leur victoire sur les Tyrrhéniens.

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    Formation

    Comme il était jeune et avide de savoir, il voyagea hors de sa patrie, et fut initié à tous les mystères, aussi bien grecs que barbares. Ainsi donc, il se rendit en Egypte, il apprit même leur langue, et il alla aussi chez les Chaldéens et les Mages. Ensuite, en Crète, il pénétra en compagnie d’Epiménide dans la grotte d’Ida (lieu légendaire de la naissance de Zeus), tout comme en Egypte il avait pénétré au cœur des sanctuaires ; il y apprit les doctrines secrètes relatives aux dieux.

    Puis il revint à Samos, et trouvant sa patrie gouvernée par le tyran Polycrate, il fit voile vers Crotone, en Italie ; et là, il donna des lois aux Italiotes, ce qui lui valu une grande estime, tout comme à ses disciples qui, au nombre de trois cents environ, administraient au mieux les affaires de la cité : de la sorte, le régime était à peu près un gouvernement des meilleurs.

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    Les écrits

    Quelques-uns disent en se moquant de lui que Pythagore n’a pas laissé un seul écrit. C’est ainsi qu’Héraclite le Physicien, en poussant des hauts cris, déclare : Pythagore fils de Mnésarque, a poussé la recherche plus loin que tout autre, et ayant fait sa sélection parmi ces ouvrages, s’est forgé son propre savoir ; connaissances diverses, vil artifice.
    Il s’exprime ainsi, en réaction à ce dit Pythagore, au début de l’ouvrage Sur la nature, et que voici : Non, par l’air que je respire, par l’eau que je bois, je ne jetterai pas le blâme pour défendre ce discours.

    Et les ouvrages écrits par Pythagore sont au nombre de trois :

    Sur l’éducation,
    Sur la politique,
    Sur la nature.

    Héraclide dit dans l’Abrégé de Sotion qu’il a écrit en vers Sur le Tout, en second lieu le Discours sacré, dont voici le début : Jeunes gens, vénérez dans un silencieux recueillement tout ce que voici… troisièmement sur l’Âme, quatrièmement Sur la piété, et d’autres ouvrages. On lui attribue également les Fourberies, qui commencent ainsi ; Ne te montre impudent envers qui que ce soit.

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    Préceptes pratiques

    Les trois traités cités ci-dessus renferment les préceptes généraux suivants de Pythagore. Il interdit de prier pour soi-même, du fait que nous ignorons ce qui nous est utile. Il substitue au terme « d’ébriété » celui de « dommage », et refuse toute espèce de satiété, disant que personne ne doit dépasser la juste proportion, ni pour les boissons ni pour les aliments. Sur l’acte sexuel, il s’exprime de la façon suivante : On accomplira l’acte sexuel l’hiver, mais non l’été ; à la fin de l’automne et au printemps, l’acte sexuel est un peu léger à supporter, bien qu’en toute saison il soit pesant et sans bienfait pour la santé.

    Et aussi lorsqu’une fois on lui avait demandé quand il fallait avoir des relations sexuelles, il répondit : Chaque fois que tu veux te rendre plus faible.
    Il divise ainsi la vie de l’homme : Enfant vingt ans, tout jeune homme vingt ans, jeune homme vingt ans, vieillard vingt ans. Et les âges sont dans la correspondance suivante avec les saisons : enfant – printemps, tout jeune homme – été, jeune homme – automne, vieillard – hiver.

    Pour lui, le tout jeune homme est l’adolescent, et le jeune homme, l’homme mûr.

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    Les découvertes : géométrie, alimentation, etc.

    Il amena la géométrie à sa perfection, alors qu’auparavant Moéris [2] en avait découvert les principes élémentaires. Mais Pythagore s’est surtout attaché à la forme arithmétique de la géométrie ; et il découvrit le canon monocorde. Mais il ne s’est pas désintéressé non plus de la médecine. Apollodore, le spécialiste du calcul, dit qu’il avait offert en sacrifice une hécatombe, parce qu’il avait découvert que le carré de l’hypoténuse du triangle rectangle est égal à la somme des carrés des côtés.

    Il est le premier, dit-on, à avoir entraîné les athlètes en leur donnant de la viande, tandis qu’auparavant ils pratiquaient les exercices physiques en prenant des figues sèches et des fromages frais, ainsi que des aliments de blé. Mais d’autres disent que c’était un maître de gymnase du nom de Pythagore qui faisait s’alimenter de cette façon, et non lui. Car lui interdisait même de tuer, sans parler de se nourrir des animaux, pour entraîner et habituer les hommes à une vie simple, de telle sorte qu’en mangeant des aliments qui ne nécessitaient pas de cuisson, et en buvant de l’eau pure leurs nourritures fussent aisées à trouver. De là résultent en effet la santé du corps et la vivacité de l’âme. Et bien sûr le seul autel qu’il honorait était à Délos, celui d’Apollon Père, qui se trouve derrière l’autel aux Cormes, parce que l’on n’y déposait seulement des offrandes de blé, d’orge, et des galettes, sans faire usage du feu, et aucune victime sacrificielle, comme le dit Aristote dans sa Constitution de Délos.

    Le premier, dit-on, il a déclaré que l’âme parcourant le cercle de la nécessité tantôt se lie à un animal, tantôt à un autre ; le premier aussi il a introduit chez les Grecs des mesures et des poids, comme le dit Aristote le musicien ; et le premier il a dit que l’étoile du soir et l’étoile du matin étaient la même, ainsi que le dit Parménide.

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    Règles pratiques suivies par Pythagore.

    Plus que tout, il interdisait de manger du rouget et du poisson à queue noire, et prescrivait de s’abstenir du cœur et des fèves ; et Aristote parle aussi de la matrice et du mulet, à certains moments. Certains disent que lui-même se satisfaisait de miel seul, ou d’un rayon de miel, ou de pain, et que dans la journée il ne buvait pas de vin ; pour le plat, il prenait la plupart du temps des légumes cuits et crus, et rarement des poissons. Il portait un vêtement blanc, immaculé, et il avait des couvertures blanches, de laine ; car les couvertures de lin n’étaient pas encore arrivées dans ces régions. Et on ne s’est jamais aperçu qu’il allait à la selle, ni qu’il fît l’amour, ni qu’il fût ivre. Il s’abstenait de se moquer et de toute espèce de complaisance, comme les railleries ou les histoires scabreuses. Lorsqu’il se mettait en colère, il ne châtiait personne, ni serviteur ni homme libre. Le fait d’admonester, il l’appelait « redresser ». il pratiquait la mantique par les présages et les oiseaux, et surtout pas en brûlant des offrandes, exception faite de l’encens. Les offrandes sacrificielles qu’il faisait étaient toujours de non-vivants ; mais selon certains, il sacrifiait seulement les coqs, les chevreaux, et les animaux de lait que l’on appelle « porcelets », mais surtout pas les agneaux. Aristoxène dit qu’il permettait de manger de tous les êtres animés, mais demandait seulement que l’on s’abstienne du bœuf laboureur et du mouton. Le même auteur affirme, comme on l’a dit, qu’il tient ses doctrines de Thémistocléa, prêtresse de Delphes.

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    Les règles pratiques prescrites

    On raconte qu’il prescrivait à ses disciples, chaque fois qu’ils entraient chez eux, de dire la chose suivante :

    Où ai-je commis une faute ? Qu’ai-je fait ? Que n’ai-je pas accompli qui aurait dû l’être ?

    Il interdisait de présenter des sacrifices sanglants aux dieux, et permettait d’honorer seulement l’autel non sanglant ; et il disait de ne pas jurer par les dieux, car il faut s’entraîner à se montrer soi-même digne de foi. Il disait qu’il fallait respecter les plus âgés, en estimant que ce qui dans les temps est antérieur a plus de valeur ; de même dans le monde le lever a plus de valeur que le coucher, dans notre existence le début plus que la fin, et dans la vie la naissance plus que la destruction.

    Il disait qu’il faut honorer les dieux avant les démons, les héros avant les hommes, et parmi les hommes surtout les parents ; qu’il faut entretenir les relations mutuelles en sorte que des amis l’on ne fasse pas des ennemis, mais que l’on transforme les ennemis en amis ; ne rien tenir pour sa propriété ; venir en aide à la loi, faire la guerre à l’illégalité. Ne pas détruire ni endommager la plante cultivée, non plus que l’animal qui ne cause aucun dommage aux hommes. Il disait que la retenue et la circonspection consistent à ne pas s’abandonner au rire ni au chagrin. Qu’il faut éviter l’excès d’aliments carnés ; dans le voyage, alterner le repos et l’effort ; exercer sa mémoire ; ne rien dire ni faire s-quand on est en colère ; respecter toute forme de divination ; chanter en s’accompagnant de la lyre, at par l’hymne rendre grâce, en les célébrant, aux dieux et aux hommes de bien. Il prescrivait de s’abstenir de fèves, parce que en raison de leur nature venteuse elles participent au plus haut point du souffle de l’âme ; et qu’en outre, si on n’en a pas pris, on laisse son estomac plus au calme. Et grâce à cela, on rend aussi plus douces et dénuées de trouble les images oniriques.

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    La mort de Pythagore

    Voici comment mourut Pythagore. Alors qu’il tenait une réunion avec ses disciples dans la maison de Milon, il arriva que la maison fut incendiée sous l’effet de la jalousie par l’un de ceux qui n’avaient été jugés dignes d’être admis à suivre son enseignement ; d’autres prétendent que ce sont les Crotoniates eux-mêmes qui ont commis ce méfait, parce qu’ils voulaient se prémunir contre l’établissement d’une tyrannie. Toujours est-il que Pythagore fut pris en s’enfuyant. Arrivé devant un champ planté de fèves, il s’arrêta pour éviter de le traverser, et déclara qu’il préférât être pris plutôt que de fouler des fèves au pied, être tué plutôt que de parler ; il fut alors égorgé par ses poursuivants. C’est ainsi précisément que la plupart de ses compagnons furent assassinés, au nombre d’une quarantaine environ. Un petit nombre parvint à s’échapper.

    Cela étant, Pythagore, suivant ce que rapporte Héraclide le fils de Sarapion, est mort à l’âge de quatre-vingts ans, conformément à la description qu’il a lui-même faite des âges de la vie, tandis que suivant plusieurs autres auteurs il est mort à l’âge de quatre-vingt-dix ans.

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    Épigrammes

    Et sur Pythagore il y a toute une poésie plaisante qui se présente comme suit :

    Tu n’es pas le seul à ne pas lever la main sur des êtres animés, nous aussi nous nous abstenons de le faire. Qui en effet a jamais goûté à des êtres animés, Pythagore ? En effet, quand nous avons fait cuire un mets, que nous l’avons fait griller et que nous l’avons fait macérer dans le sel, alors ce que nous mangeons n’a plus d’âme.

    Une autre :

    Ainsi donc, Pythagore était sage, au point qu’il ne voulait pas goûter à la viande et disait que c’était un acte injuste. Mais il laissait les autres en manger. J’admire ce sage. Il ne faut pas, dit le maître, commettre l’injustice, mais les autres il les laisse faire.

    Une autre encore :

    Si tu veux avoir une idée de l’esprit de Pythagore ; jette un coup d’œil sur la bosse du bouclier d’Euphorbe. En effet elle dit : « J’étais un homme auparavant. » Celui qui dit que, quand il ne l’était pas, il était un tel, celui-là n’était personne quand il l’était.

    Et une autre sur la façon dont il est mort :

    Hélas, pourquoi Pythagore a-t-il porté une telle vénération aux fèves ? Pourquoi est-il mort au milieu de ses disciples ? Il y avait un champ de fèves. Pour éviter de piétiner les fèves, il fut tué par les gens d’Agrigente à un carrefour.

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    [1

    On désigne, ou plutôt on désignait dans les anciennes histoires de la philosophie, sous le nom d’école italique, les Pythagoriciens et les Eléates. Cette classification était empruntée aux historiens anciens ; elle se trouve dans Diogène Laërce. Si elle est autre chose qu’une division géographique, par conséquent superficielle, elle oppose les deux écoles indiquées à l’école ionienne. Tandis que celle-ci pour expliquer le monde ne s’élève pas au-dessus des apparences sensibles, l’école italique a recours au raisonnement, et invoque des principes plus abstraits, soit le nombre avec Pythagore, soit l’être-un avec les Eléates.

    Cependant la critique moderne a rejeté cette classification. Il y a trop de différences entre l’école de Pythagore et celle d’Elée pour qu’on puisse les désigner du même nom. Si, comme on l’a fait quelquefois, on veut opposer sous le nom d’école italique une prétendue tradition philosophique dorienne à une tradition philosophique ionienne, on commet une erreur. Pythagore est d’origine ionienne, Empédocle, qu’on range alors parmi les Eléates, s’il est né dans une colonie dorienne, parle la langue ionienne. Une confusion plus grave est celle que l’on a souvent commise en considérant l’école italique comme représentant l’idéalisme, tandis que l’école ionienne correspondrait au réalisme. Au vrai, les deux écoles sont également réalistes : toutes deux veulent expliquer le monde physique par des principes au fond matériels.

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    [2On peut penser qu’il s’agit du roi d’Egypte dont parle Hérodote, qui fit construire notamment le lac Moéris, et les pyramides en son centre.

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