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Anaximène et l’ "Air"

lundi 15 juillet 2024, par Marc Weikmans

Disciple d’Anaximandre, Anaximène (vers 586-526) aurait écrit un livre mais cette œuvre s’est perdue, on ne s’en étonnera pas. Comme Anaximandre, il affirme que la substance fondamentale est une, mais elle est déterminée par les qualités qu’elle prend. Il l’identifie à l’air, principe de toutes choses, puissance vivante et divine. « Toute chose en provient, toute chose y retourne ». de même que notre âme, qui est de l’air, nous maintient, de même, le souffle, l’air qui entoure le monde entier ; souffle et air sont employés comme synonymes ». l’air est nécessaire à ce monde tout comme il est à l’homme qui respire. La raréfaction et la condensation sont causes de la transformation des choses. La raréfaction de l’air produit le chaud et le feu, sa condensation le froid, puis le vent, les nuages, la pluie, la terre et les pierres. Certains commentateurs ont souligné l’originalité sinon l’audace de la théorie d’Anaximène : « suggérer que l’air n’est pas seulement le fluide que nous inhalons ou le vent qui souffle, mais aussi une substance pouvant se présenter sous des formes multiples. À cet égard, du moins, il est moderne : il aurait été surpris par les progrès de la technique du XXème siècle, l’air liquide. »

Chronologie

Il a vécu, selon ce que dit Apollodore, à l’époque de la prise de Sardes, et il est mort dans le courant de la soixante-troisième olympiade.

Lettres

Quant à lui, le philosophe, voici une lettre qu’il écrivit :

Anaximène à Pythagore

« Thalès, fils d’Examyas, parvenu à la vieillesse, est mort, mais non de sa belle mort : de nuit, comme il en avait l’habitude, s’avançant hors de son logis accompagné de sa servante, il observait les astres ; et – bien sûr il ne s’en souvint pas - , étant descendu, en les observant, jusqu’à l’escarpement, il tombe. Telle est donc, pour les habitants de Milet, la fin de leur astronome ; mais nous, les habitués de ses réunions, souvenons-nous de cet homme, nous-mêmes ainsi que nos enfants, les habitués de nos réunions, et puissions-nous nous entretenir encore de ses discours. Que le début de tout ce que nous disons soit consacré à Thalès.


Et en voici encore une :

Anaximène à Pythagore

« Tu étais le plus avisé d’entre nous, quand tu as émigré de Samos à Crotone : là tu vis en paix, alors que les fils d’Aiakès commettent des crimes ineffaçables et que chez les Milésiens se succèdent des Tyrans. Et nous avons à craindre des Mèdes, sauf bien sûr si nous consentons à payer tribu ; bien plutôt les Ioniens s’apprêtent, pour la liberté de tous, à entrer en guerre contre les Mèdes ; mais si nous en arrivons là, il n’y a plus pour nous d’espoir de salut. Comment donc Anaximène aurait-il encore le cœur de parler du ciel, quand il est dans la crainte de la mort ou de l’esclavage ? Mais toi, tu es en faveur auprès des habitants de Crotone, en faveur aussi auprès du reste des Italiotes ; et même de Sicile on vient pour suivre tes entretiens. »
Extrait de Diogène Laërce,

Vies et doctrines des philosophes illustres.

Simplicius

Anaximène de Milet, fils d’Eurystarte, qui fut ami d’Anaximandre, reconnaît, lui aussi, comme son maître, une seule matière indéfinie, comme substratum ; mais, au lieu de la laisser indéterminée, comme Anaximandre, il la détermine en disant que c’est l’air. Elle diffère d’après lui d’une substance à l’autre par le degré de la dilatation ou de condensation ; ainsi, devenant plus subtile, elle forme le feu ; en se condensant, au contraire, elle forme le vent, puis la nuée, à un degré plus loin, l’eau, puis la terre et les pierres ; les autres choses proviennent des précédentes. Il admet aussi le mouvement éternel comme amenant la transformation. (Commentaire sur la physique d’Aristote.)

Aétius

Anaximène de Milet, fils d’Eurystrate, considéra l’air comme le principe de toutes choses ; toute chose y retourne. De même que notre âme, qui est de l’air, nous maintient, de même que le souffle, l’air entoure le monde entier ; souffle et air sont employés comme synonymes.

Anaximène et Parménide : le ciel est le tourbillon le plus éloigné de la terre…
Anaximène : les astres sont de nature ignée, quelques-uns comprennent aussi des corps de nature terreuse qui sont entraînés par le même mouvement. Les astres sont fixés comme des clous à la voûte du cristal… Anaximène : les astres ne passent pas sous la Terre, mais tournent autour d’elle. Platon dit que les changements de température sont produits par les levers et les couchers des astres. Anaximène : ce n’est pas à cette cause qu’il faut les attribuer, mais au Soleil seul…

Anaximène explique l’éclair comme Anaximandre, mais il ajoute cette remarque qu’il arrive alors ce qui arrive sur la mer, laquelle étincelle quand elle est fendue par les rames. Anaximène : les nuages se produisent quand l’air s’épaissit davantage ; quand sa condensation est plus grande, la pluie tombe ; puis c’est la grêle quand l’eau se congèle en tombant, enfin la neige quand un peu d’air est emprisonné dans l’eau…

Anaximène : l’arc-en-ciel se produit quand les rayons du Soleil viennent frapper la nuée fortement condensée. Elle reste sombre parce que les rayons viennent la frapper, mais sans pouvoir la traverser… Anaximène : la Terre est pareille à une table. La cause des tremblements de terre est l’aridité et l’humidité de la Terre, occasionnées respectivement par les sécheresses et par les fortes pluies.

Extrait de Les Penseurs grecs avant Socrate.

trad. Et notes : Jean Voilquin.


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