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Anaximandre et "L’Indéfini"
Il fut l’ami et le disciple de Thalès
samedi 13 juillet 2024, par
L’apeiron divin, immortel, impérissable, contient en lui tous les contraires, représentés par l’opposition du chaud et du froid, qui se séparent à un moment donné et engendrent l’univers. Séparation produite « sous l’effet du mouvement éternel ». Et ces « substances » sorties de l’apeiron y retourneront après leur décomposition. Anaximandre explique cet échange constant entre des substances opposées par une comparaison avec l’ordre nouveau adopté dans la cité. S’il y a prédominance d’une substance, c’est une injustice qui demande réparation pour retrouver l’égalité. Comparaison que nous rapporte Simplicius. ‘Ce dont la génération procède pour les choses qui sont est aussi ce vers quoi elles retournent sous l’effet de la corruption, selon la nécessité : car elles se rendent mutuellement justice et réparent leurs injustices selon l’ordre du temps. » L’ordre du cosmos transpose des pratiques de réparation instituées par la justice des humains. Voilà qui nous rappelle que « la raison grecque est fille de la cité » selon l’expression de Jean-Paul Vernant. Pourtant l’apeiron ressemble fort au « chaos primitif » de la Théogonie d’Hésiode. Pour Anaximandre comme pour Thalès, la pensée rationnelle n’est pas tout à fait déliée du mythe. La raison qui s’affirme de plus en plus autonome compose avec l’influence encore vive de l’ordre ancien.
Mais l’aventure ne fait que commencer.
Une autre « découverte » d’Anaximandre mérite toute notre attention. « Anaximandre de Milet estimait que l’eau et la terre réchauffées étaient sortis soit des poissons, soit des animaux tout à fait semblables aux poissons. C’est au sein de ces animaux qu’ont été formés les hommes. » étonnante intuition sur l’origine et l’évolution des espèces.
Doctrine
Il affirmait, lui, que c’est l’infini qui est principe et élément, sans le définir air, eau ni autre chose. Il affirmait aussi que, si les parties en changent, le tout est immuable ; qu’en son milieu se trouve la Terre, occupant la place centrale, elle qui est de forme sphérique ; que la lune n’émet pas vraiment de la lumière, et qu’elle est éclairée par le Soleil ; mais aussi que le Soleil n’est pas plus petit que la Terre, et qu’il est un feu très pur.
Inventions
Selon ce que dit Favorinus dans l’Histoire variée, il faut aussi le premier inventeur du gnomon [1], et il le plaça sur les cadrans solaires à Lacédémone, pour indiquer les solstices et les équinoxes ; il fabriqua aussi des horloges. Il fut le premier à figurer sur une carte les contours de la Terre et de la mer, et il construisit aussi une sphère.
Chronologie
Il a publié un sommaire de ses doctrines, que le hasard fit tomber entre les mains d’Apollodore d’Athènes, lequel dit aussi dans ses Chroniques que, la deuxième année de la cinquante-huitième olympiade, Anaximandre avait soixante-quatre ans et qu’il mourut peu après, ayant atteint le sommet de sa carrière à peu près à l’époque où Polycrate était tyran de Samos.
Notes
2. Il va de soi que tous les sens prêtés ici à l’illimité sont le produit de l’analyse aristotélicienne et non de la théorie d’Anaximandre. Tous ces caractères de l’Illimité ne permettent pas, pour Aristote, de le tenir pour l’unique cause : acte, forme ou fin.
[1] instrument emprunté par les Grecs aux Chaldéens et composé d’une tige plantée verticalement dont on observe l’ombre.il servait à mesurer les angles. Sorte de cadran solaire.